présentée
du 12 > 29 novembre 1997

"Lorsque s'envolera l'oiseau de fer et que les chevaux galoperont sur des roues, les Tibétains seront éparpillés à travers le monde comme des fourmis et le Dharma - enseignement du Bouddha - parviendra jusqu'au pays de l'homme rouge, l'Occident."

Cette surprenante prédiction fut prononcée au VIIIe siècle par Padmasambhava, moine indien ayant introduit le bouddhisme au Tibet et fondateur de la plus ancienne des quatre écoles constituant le Vajrayana.

Mais qu'est-ce que le Vajrayana ?

Le bouddhisme tibétain, appelé aussi Vajrayana - véhicule de diamant - se différencie de la doctrine bouddhiste originelle - petit véhicule - par adoption de nombreux mythes et rites locaux datant du culte bön, antérieur à l'arrivée des moines indiens au Tibet. A partir du VIIIe siècle, l'enseignement de Bouddha a été progressivement introduit au Tibet. Le bouddhisme tibétain compte aujourd'hui quatre grandes écoles : les Nyngmapas, les Sakyapas, les Guélougpas et les Kagyupas. L'école guélougpa émergea comme une école indépendante à la suite de la réforme radicale du bouddhisme tibétain initiée par Tsongkhapa (1357-1419). Le Dalaï Lama et le Panchen Lama, deux des plus hautes autorités religieuses du Tibet, sont traditionnellement issus de cette école réformée. Dans le Vajrayana, les pratiquants, en plus du voeu de libération individuelle, font celui d'aider autrui sur le chemin de l'Eveil. Cet idéal de héros de la compassion fait du pratiquant un boddhisattva, un "héros de l'Eveil". Cet engagement fondamental est indispensable pour accéder au Vajrayana.

Pour en revenir à cette prédiction de Padmasambhava, c'est en 1959 qu'elle se réalisa, lors de l'invasion du Tibet par l'armée chinoise. Des centaines de milliers de Tibétains sont alors contraints à l'exil, accompagnés de leur chef spirituel, le Dalaï Lama. Bien que la majeure partie des Tibétains décide de rester, la dispersion tibétaine commence dans les pays frontaliers : Inde, Népal, Boutan, Myanmar, mais aussi en Occident: Suisse, France et en Amérique : Québec et USA.

Cette première série de dix-sept photos, associant des portraits et des scènes de la vie quotidienne, a été réalisé en 1997, en Inde du Nord, dans les hautes régions himalayennes du Lahaul Spiti et du Ladakh, le long de la frontière chinoise, là où se perpétuent les traditions du lamaïsme tibétain. C'est au Xe siècle que les premiers moines bouddhistes arrivèrent dans l'Himalaya indien alors peuplé d'hommes d'origine tibéto-mongoloïde. Ils influencèrent beaucoup la construction des premiers monastères lamaïstes de la région, les plus anciens datant effectivement de cette époque.

Les arides vallées de ces régions ont depuis accueilli un très grand nombre d'exilés tibétains, surtout dans les années 1950. L'influence des musulmans venus du Cachemire est également présente.

L'agriculture et l'élevage constituent la principale source de revenus de la population qui exploite la terre encore de manière traditionnelle. Bien qu'un grand effort de scolarisation ait été entrepris depuis l'indépendance de l'Inde, seule la capitale du Ladakh, Leh, tente de rattraper le monde moderne. Mais malgré la rudesse du climat, les longues journées de labeur, la maladie, ce peuple des montagnes, vivant dans un monde où le temps semble s'être arrêté, a toujours su affronter la vie avec détermination et dignité. On comprend alors la grande importance que tient le culte religieux dans la vie de ces hommes.