passage[s]

présentée
du 13 > 31 janvier 1998

née en 1977
vit et étudie à nancy

Je suis dans la gare, ce soir, quai n°1. Je déambule doucement accompagnée seulement de mon appareil photo au milieu de toute une foule voyageuse. J'ai l'espoir de garder sur la pellicule quelques belles images sur ces personnages en vacances, en voyage, en affaires qui se bousculent autour de moi. Je ressens l'étrange ambiance de la gare la nuit, cette agitation soudain quand le train arrive... et avant, après le passage du train le silence, les quais vidés de leur substance humaine, les quelques cheminots au travail échangeant des propos moqueurs pour passer le temps et enfin quelques clochards, tristes habitués des lieux, essayant de dormir sur les bancs ou même par terre.

Une voix s'éléve ex nihilo et résonne pour annoncer l'arrivée d'un nouveau train sur ce quai n° 1. A présent s'accélérent les mouvements, les allées et venues mais moi je suis toujours tranquille ; debout sur le béton je regarde l'agitation : je suis témoin et gardien de toutes ces présences. J'aime à penser à tous ces gens qui arrivent, repartent, à leurs petites vies individuelles qui se rencontrent, parfois se heurtent dans cette gare, dans ces trains : chacun son chemin et moi je viens pour faire partie de leurs vies, je suis là pour garder une trace d'un instant d'eux-même dans ce lieu. Je m'intéresse à eux pour le plaisir des images, de la photo, l'esthétique d'une gare éclairée aux néons et aux battements de cœur des voyageurs.

Le train voie 1 est entré en gare maintenant, il fait crisser ses freins pour arrêter la course et le ballet des échanges commencent entre les gens qui montent ou qui descendent. Je longe les wagons et regarde les compartiments où la cohabitation forcée aboutit à des résultats dichotomiques : soit la création pour quelques rares personnes d'une nouvelle maison, dérivé pour adultes de la cabane des enfants ; soit une ambiance de salle d'attente, parfois la lumière éteinte... Je profite de toute cette agitation pour prendre quelques clichés.

Et alors la décomposition du temps prend tout son sens : les secondes qui s'égrénent trop lentement pour les voyages non encore finis ou les secondes qui ne seront jamais assez longues quand on a un autre train à prendre, quand on retrouve un proche, quand on cherche un amant, un frére, des amis ou une mére... et les chefs de gare, les maîtres du temps, ordonnent et fusionnent toutes ces perceptions en un seul temps: le passage d'un train ; toujours le même (9h07 Nice - Metz) mais chaque jour différent.

Tant de trains passent par ici, tant de vies s'activent, tant de secondes s'écoulent... Puis le train repart comme il est venu, vite vers une autre ville, d'autres quais et moi je le vois au loin qui s'en va.

Mais j'ai gardé pour moi, en moi une trace de ce(s) passage(s)