Joel-Peter Witkin

exposition présentée du 09 juin au 01 juillet 2000 dans le cadre de la manifestation "collection été du frac lorraine".

La conférence sur l'œuvre de joel-peter witkin par alain d'hooghe, a eu lieu le samedi 01 juillet 2000 à 15h00 à la galerie de visu.

Joel-Peter Witkin travaille comme un metteur en scène; ses photographies sont des petits théâtres dans lesquels ses modèles jouent un rôle qu’il a écrit spécialement pour eux. Rien n’est laissé au hasard. Toutes les scènes sont étudiées en amont par des croquis préparatoires. Ses sujets principaux sont des corps difformes, monstrueux, meurtris et parfois sans vie.

En les photographiant ainsi, Witkin crée une fiction, un monde personnel qu’il peut changer à sa guise. Il est en opposition avec le médium photographique qui, pour le grand public, est garant d’une vérité sans faille dans ce qu’il montre. Pourtant, c’est ce médium qu’il choisit entre tous alors qu’il commenca par étudier la Peinture et la Sculpture. “Faire de la Photographie est un engagement direct dans le monde, dans la réalité et ainsi je peux la changer. Il n’y a rien de plus puissant qu’un Photographe.”

Il n’y a rien de sensationnel ni de péjoratif dans ses images; loin de lui l’idée de photographier les difformités humaines dans le simple but de les exhiber comme des monstres tout droit sortis des profondeurs du Mal. Jacquelin Tellalian, qui fut son modèle en 1985, insiste sur le fait que Witkin ne l’a pas représentée plus monstrueuse qu’elle ne l’était déjà, et en voyant l’image qu’il avait faite d’elle, elle s’était sentie belle.
"Je suis du côté du modèle, pas du côté du ridicule, parce que dans une grande mesure, cela pourrait être moi le modèle”.

Ses choix, ses aspirations trouvent une explication dans un évènement particulièrement tragique vécu dans son enfance; témoin d’un accident de la route, il voit la tête d’un fillette rouler à ses pieds. De même la vision et l’odeur de la jambe gangrenée de sa grand-mère ont encore un écho dans sa mémoire aujourd’hui.

Witkin est le Photographe de l’abject et des ténèbres humaines, de celles que l’on refuse de voir, préférant croire qu’elles n’existent que pour les autres. Lui ne les refuse pas.
“C’est une partie de moi que je photographie”.

Né en 1939 à Brooklyn, New York, USA. Vit et travaille à Albuquerque, Nouveau Mexique, USA