| Shenzhen présentée du 26 février au 23 mars 2002. rencontre photographique : le 23 mars. Shenzhen est la copie de Hongkong, d'ailleurs on la surnomme le faux du faux. Ville supermarché, on y trouve tout ce qui peut se copier. Construite en 1980 sur les fondations d'une petite ville de pêcheur de 20 000 habitants, elle est devenue, en 20 ans, une superbe Mégapole de 4 millions d'individus à l'extrême sud de la Chine. En créant de nouveaux territoires à économie spéciale, Deng Xiaoping voulait faire de la région le cinquième dragon asiatique aux côtés de Singapour, Taiwan, Hong Kong et la Corée du Sud, avant l'an 2012. Cette ZES (zone à économie spéciale) est l'eldorado pour la jeunesse chinoise dont l'espoir de vivre mieux et faire fortune dans la "libre entreprise" fait de Shenzhen une ville de célibataire. Le leitmotiv: faire de l'argent, paradoxe de la Chine communiste qui, sans complexe, s'ouvre ainsi au monde occidental. D'immenses fortunes se sont faites, au début, grâce aux investissements d'hommes d'affaires hongkongais. Aujourd'hui la tâche est plus ardue, car cette ville n'a d'autre intérêt que le business. Elle a reçu en 1999 la mention honorifique du prix Sir Patrick Abercrombie (prix UIA) pour l'urbanisme et l'aménagement du territoire. Vitrine de la Chine moderne, elle est l'exemple de la réussite à la chinoise: de larges avenues, de magnifiques tours d'affaires, une ville qui s'élève vers le haut. Pourtant au ras du sol, c'est le Far West. C'est cette ambiance qui règne. L'anarchie est totale sur la route et devient un réel danger pour le piéton dont la vie ne tient qu'à sa vigilance.. Car, quel que soit le type de véhicule, la raison du plus fort domine sur la route. Espace sans limite où l'horizon est la ville. Elle est constamment en construction et l'on trouve des décors surréalistes comme cette magnifique tour plantée au pied d'un immense terrain vague jalonnant l'espace urbain. Il se détruit autant qu'il se construit s'immeubles, de magasins. Ce qui est vieux est éliminé, on rénove en construisant du nouveau. De jour comme de nuit, cette machine ne dort pas et ne cesse de grossir. Décor moderne d'un eldorado où l'homme qui l'a imaginé s'est perdu dans les larges avenues sans fin. Ensemble urbain où l'individu a été oublié au profit de l'intérêt. Invisible, l'homme n'a pas d'existence. il ne fait que passer suivant un parcours bien établi en restant au minimum à découvert. Dans la chaleur extrême, radioactive dès le mois de mai, polluée par une circulation frénétique, l'air conditionné des magasins est salvateur. Ville supermarché où l'on ne compte plus les centres commerciaux. Paradoxe du produit et de la technique de vente, on trouve d'un rayon à l'autre, des DVD, CD originaux et leurs copies. Illogique. Le raisonnement est différent, la conception des choses est autre dans un monde dont l'image de l'Occident sert de publicité: l'image du nouvel homme de demain donnant le ton de ce qu'il faut être, vers quoi il faut tendre, un type universel, une homogénéisation où les mannequins chinois sont choisis pour leur apparence européenne. Copie? La différence, la particularité ne sont bonnes que pour le tourisme. Ce fut l'Eldorado pour moi aussi. En venant à Shenzhen, j'avais une idée plutôt vague de travail: le minuscule dans la ville, la position de l'homme dans l'espace urbain, la forme dans la ville, des pistes entraperçues dans les quartiers modernes de Paris. Et puis VOIR. Et j'ai vu. J'ai vu dans Shenzhen ce que nos villes nouvelles peuvent devenir. Une ville où chaque entrée de building, magasin, parking, restaurant est "gardiennée". Effet d'apparence, de standing, le vigile est omniprésent. Fausse sensation de sécurité dans une ville réputée comme dangereuse; Leurs uniformes, dans certains cas sont les mêmes que ceux que la police à quelques détails près. Espace de confusion. On se laisse prendre au jeu du rythme de la ville. Marcher toute la journée sous la chaleur vous abruti à petit feu. Pour survivre il ne faut pas prendre cette ville au sérieux, il faut en rire, rire des façades d'immeubles qui apparaissent comme d'immenses parois d'un gigantesque labyrinthe, de cette foule téléguidée. Je ne cadrais plus mes photos, je laissais une grande part au hasard après avoir, au début de mon séjour, identifié des points dans un ensemble. Ne plus maîtriser pour se donner de la liberté, appréhender ces nouveaux territoires comme le lieu d'un film de science fiction, d'un jeu d'arcade dont la règle est à découvrir. La géométrie d'un parking, d'une place, d'une passerelle deviennent des lettres du haut des tours et constitue des mots, des messages surdéterminés. Alors la ville devient un terrain d'exploration, un jeu de piste où pour avancer, je devais oublier la signification des choses pour photographier simplement ce que je voyais; réapprendre à voir. Mon travail s'est construit sous cet angle. Associer des images en vis à vis afin de balayer la signification de ce qui est représentée, affirmer l'aspect subliminal de l'image. J'ai adoré cette ville, à travers ses formes cachées, cette ambiance de western moderne. Finalement, je l'ai utilisé pour ce qu'elle est. Un lieu où l'on espère trouver. Philippe Picó/ Safran Ecrire à Philippe Picó Né le 8 mars 1969. Né en 1969 à Saint Cloud Co-fondateur du collectif SAFRAN Après avoir longtemps illustré la banlieue et ses habitants pour la presse institutionnelle, il entreprend en 99/2000 pour le chorégraphe Pedro Pauwels, une recherche photographique pour la création des "miroirs du sommeil". Parallèlement, il travaille pour la presse informatique et développe un travail personnel sur les villes nouvelles dans le monde. Vit et travaille à Paris |