Cartes muettes

Ce sont des histoires immortelles, quotidiennes. Des faits divers, récits et fables.

Diptyque, assemblage, chaque histoire/image, de caractère mensonger, se dédouble, rencontre les autres. En juxtaposant deux figures ordinaires, Béatrice Darnal mélange les niveaux de réalité, les lieux, les périodes. A travers les digressions tous les éléments de l'histoire s'ordonnent autour d’une quelconque intrigue centrale, omise.
Ce sont les failles - accidents magiques, changements d’avis, enchantements fortuits - qui permettent de passer d’une histoire simple à l’autre, d’un monde familier à l’autre. Histoires d’enfant porteuses de sens caché, nœud parfois impénétrable.

Chaque histoire/image est datée. Jour, mois. Les années se répondent, imprécises. Hors agencement chronologique, les combinaisons possibles sont infinies, notre mémoire juxtapose les images qu’elles soient liées a priori, ou pas. Les coïncidences sont ponctuelles. Aucune histoire/image n’est nommée, titrée, la carte est muette. L’ensemble est un réseau où les sentiers bifurquent.

Bricoler une image.
Tout matériau lui est possible pour former son iconographie : ses propres photographies - petits faits, objets communs, proches, vues de la fenêtre -, captations sur le web (Street View, Twitpic…), citations et détails de tableaux ou d’installations, photographies de famille amateur saisies ou inventées, photogrammes.
Depuis 2004, elle fabrique artisanalement des images impures, non sérielles, par juxtaposition, parfois par sérendipité, révélant des faits extérieurs - rencontre, hasard, circonstance inattendue, ravissement – dessine des désirs inconscients ou avoués. A les considérer on a la sensation d’observer à travers le miroir. Ou de permuter.


Stéphane Albert


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