Faire des trous comme étant des fenêtres du regard, c'était le désir de voir ce qui était derrière pour dénuder la vérité cachée du visage et qui aboutit aujourd'hui à un endroit imprévu.

Je pars de la loi du céramiste qui se met en contact direct avec la nature et en nourrit ses pensées. Mes constructions sculpturales se font avec et dans l'éphémère.

Les mains me permettent de toucher, de sentir la terre du gouffre et de comprendre la pierre qui représente le matériau fondamental pour bâtir le mur qui fera la ligne de partage entre l'aurore et le crépuscule.

La pierre se perd dans l'anonymat et devient comme la perle réceptacle de sens. L'assemblage de ces dernières compte beaucoup. Je laisse des orifices pour évoquer l'idée de légèreté et pouvoir monter de bas en haut ou descendre de haut en bas pour associer le ciel et la terre dans les deux sens. Cet orifice va me permettre d'aller à la découverte de l'autre et de communiquer par la simulation du paysage-visage.

Dans ce rythme du plein et du vide, je vais aspirer mon regard. Une construction ajourée est en relation avec le paysage et le soleil s'ouvre dans le paysage et me permet de voir l'envers et l'endroit comme la dentelle. Cette matière suscite mon imagination qui se met en chasse à la poursuite des visages. Alors, la pierre que je compare à une perle devient amulette et réceptacle pour la chasse. Mes constructions seront comme un engin primitif (piège) dressé, ouvert, destiné à prendre ces visages fantastiques. Ainsi, nous percevons leurs fuites. Ces êtres sont difficiles à identifier, il faut oublier la pierre. L'enduire dans la terre mouillée lui donne une nouvelle nomination et évoque un rigoureux travail de transformation.

Dans la lumière du soleil apparaîtront des choses inattendues qui deviendront le sujet même de la construction. En effet, la lumière du soleil fait de la construction une oeuvre ouverte qui se métamorphose, puisque dans chaque situation d'éclairage, nous aurons une oeuvre qui change où le visage reste un symbole de mystère.
Donc tout se situe entre le paysage et le visage avec une entité parfaitement homogène. Je demande à la matière photographiée de faire un visage où d'un plan à un autre, le visage innommable apparaît en train de désigner un au-delà de lui-même. C'est le visage fantastique, un visage du passé qui surgit d'un souvenir qui hante ma mémoire, qui rappelle les visages emblématiques dans les mosaïques romaines. Ainsi, notre visage est face à nous et nous nous observons comme si nous observions à l'extérieur de nous-mêmes le visage de l'autre.
La photo va devenir l'oeuvre même, va me présenter des versions à l'infini de la matière qui bouge, ce qui me permet de faire une oeuvre multiple. La photo sera l'approche contemplative de la chose. Bien qu'elle soit un objet de conviction, elle est une pseudo-présence et une autre réalité, elle est un masque. La photographie pour moi vient me figer l'épiphanie des visages, présente toujours un regard neuf, ouvert qui allie l'imagination à l'observation qui laisse échapper le visible et fait surgir l'invisible. Son aspect principal est de conduire le regard vers ce que nous voulons montrer.

Ainsi, le jeu du regard avec la lumière du soleil devient une découverte et une trouvaille qui se construit. C'est un regard qui laisserait à l'apparition le temps de se déployer pour atteindre la forme d'un visage et pour laisser entrevoir ses signes avec et dans le paysage. Mes constructions seront comme un écran où plutôt comme une mosaïque romaine que j'assemble moi-même.

Sana Ammari
vit à Nancy