Un Dimanche à Varsovie

Le train a quitté la ville en chantier, trop grande, bruyante. Il est parti de derrière l’ancien mur avec l’Ukraine pour destination finale.
Berlin s’est effacée de la fenêtre-écran pour laisser place à la nuit. Et à l’heure où les fantômes deviennent réalité, le train a franchi la frontière polonaise.
Un ciel bleu très foncé couvrait une campagne d’ombres. Cendrars disait le contraire, pourtant quand on voyage, je pense qu’on ne devrait jamais avoir sommeil. De toute façon, impossible de dormir avec cette excitation d’être là et le souvenir de cette chose apprise : ce chemin emprunté avait conduit des millions d’hommes vers des camps et la mort. C’était il n’y a pas bien longtemps, à l’époque d’une Europe déchirée par la haine et des hivers de bombes que l’Histoire allait rendre bientôt, ailleurs, nucléaires…
Il est à peine 06:00 quand le train 345 nous abandonne sur un quai désert de la gare de Varsovie. C’est le matin d’un dimanche.
Comme en tâtonnant, fatigués, on découvre des avenues sous la bruine, sans personne. Nous n’avons que vingt-quatre heures et décidons de partir droit vers la vieille ville. Comme le reste de la cité, elle a été détruite, rasée, mais ici tout a été reconstruit à l’identique.
Dans Krakowskie Przedmiescie, on entre dans une église à l’heure de la messe. Par hasard, il s’agit de celle qui recueille le cœur de Chopin.
Descendus du bus 100 qui a parcouru le plus important de la ville, un hôtel nous héberge pour une courte pause. Mais déjà nous voici de retour dans le gris du jour et des rues. Partout, des statues et plaques commémorent les crimes subis ; elles sont fleuries bien qu’aucun anniversaire historique ne soit à fêter.
En fin d’après-midi, visite classique de la tour offerte par Staline et les républiques de l’Empire soviétique, le Palais de la Culture et des Sciences : du haut du gratte-ciel, la ville monochrome sous ciel plombé.
Quelques bières puis découverte du zurek et des pirojkis avant juste que le sommeil nous rattrape : Cendrars a gagné.


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