Lieux transfigurés

Confondre les unités de temps et d’espace, créer des interférences entre le proche et le lointain, telle est ma définition d’un jeu photographique visant à fabriquer un univers visuel sans frontières. Au travers de photographies anciennes ou récentes, de sites familiers ou anonymes, proches ou distants mais inévitablement transfigurés par l’image, je cherche à provoquer une collision entre le limitrophe et l’éloigné, le singulier et le stéréotype, entre mon vécu et mon imaginaire.
Ainsi, je peins, colle, gratte, scarifie le négatif afin de m’approprier un peu plus " le réel " dans le but de rendre l’image initiale moins lisse, moins mimétique. Je n’ambitionne pas de tromper le spectateur par de judicieux effets d’optique ou de savants montages, au contraire, le procédé du simulacre demeure suffisamment visible pour bien révéler l’hybridation. En cela, la matière quasi organique du négatif argentique, par les effets de transparence et d’opacité qu’elle offre, s’avère plus riche et plus adaptée que l’imagerie numérique. Le "métissage photographique " s’exprime par l’assemblage de différents fragments de clichés réalisés dans des lieux et à des moments distincts, en une nouvelle photographie composite mais originale, virtuelle mais ayant sa propre histoire : deux ou trois images ne forment, après montage et collage, souvent plus qu’une seule.
Les plages rencontrent les lieux voués à la démolition ou au réaménagement, d’exotiques paysages tapissent les murs ou les façades, les bords de fleuves abreuvent les friches d’usines désaffectées, de rares personnages évoluent hors de leur cadre de vie originel. Des lignes et des formes géométriques s’interposent ou complètent une perspective illusoire…
Dans ce travail, les lieux abandonnés évoquent la présence passée de l’homme, comme si la nature, aujourd’hui trop souvent bafouée, reprenait enfin ses droits.

Bernard Brisé

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