Le long d’une pellicule, périple solitaire. Bordé, brodé de femmes, d’enfants, d’hommes et de masques. De lumières touffues, vaporeuses, émoussées d’indices ; les ombres des arbres, des existences qui se déplient, ploient. Et l’œil couperet du photographe, clac ! Hache les instants, les surprend et les rend. Au creux de deux mains écrin, s’entrelacent des matières gorgées de passages. D’identités, de grains… de beauté ; mosaïque de moments pour une once de mémoire. Silhouettes esquissées à la plume. Nettes ; parcours d’une main sur un corps qu’on frôle. Sans fioritures, chemins d’hommes, de traverse et de vie. Chevelures sombres, nouées, libérées, balayées de fils d’argent, fleuries. Des secondes de répit et d’autres qui palpitent. Cadrées mais libres. S’échappent des effluves en halos qui chatouillent les narines. Sur la partition, les notes pigmentées, profondes, épicées, déboulent en farandole. S’amusent entre des lignes…  ronde, noire, croche, double accroche, pause, point d’orgue, clac ! Exhalent leurs arômes, déploient des rubans chamarrés, laissent dans leur sillage une traînée de lumière : écorce sculptrice. Diffuse, franche, intime ou distillée. Chorégraphie qui entraîne, enivre, apaise. Arrondit les angles, adoucit les contours, on s’assied et on se laisse... Tanguer, dériver, chavirer, sentir à sa portée des miettes de sérénité. Ferme les paupières et recueille, en secret, l’image. Elle devient tienne, à toi, juste pour toi, papillon qui se pose sur le dos de ta main. Concentré d’essentiel, feutré. Pause. Stop. Du temps suspendu, plein, délicat et chaud comme le verre que l’on souffle. Simplement.


Nadia Dhoukar

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