Ma démarche artistique parcourt les endroits inexplorés entre l’espace privé et la sphère publique. Je voyage entre paysages intérieurs et paysages extérieurs. Je mêle des images de mon enfance, de ma vie de femme, d’endroits où mes sensations, mes peurs et mes blessures font le lit de mes représentations visuelles.
Le désir de raconter mon histoire s’exprime en utilisant à la fois mon album de famille, la vidéo, un appareil en plastique, des vieilles cartes postales, etc. Mon histoire de femme reste toujours dans ces zones floues et magiques, quelque part entre le vrai et le faux, entre une réalité et une fiction.
Ma vie constitue ma matière première et l’image photographique devient le support de mon regard d’artiste.
Je relie ma vie et mes fantasmes, en temps réel, à travers l'image photographique.
Par le biais des images, comme dans le processus littéraire, la mémoire se concrétise, des sensations se créent.
À travers la trivialité de la vie, de ma vie, c’est un journal, une histoire, une expérience que je traduis en un nouveau langage visuel.
Une création artistique par les mots, avec des mots. « Amour », « haine », « vérité » et « mémoire » se changent en paysages, en lieux, en personnages.
Des mots d'images, de couleurs différentes, en des temps différents et de tailles différentes. Je parle de l'intimité, des sensations, de l’expérience par le regard, par mes yeux, ceux du spectateur.
L’appareil photographique, la caméra, la vidéo, l'écran, sont les éléments techniques qui me servent pour la sculpture et pour la création d'une langue inédite.
Une langue d'images en mots — couleurs comme sensations, paysages comme mémoires, représentation de la réalité, de ma vie, comme
immédiateté photographique.
L'écrivain crée avec des mots ; moi je crée avec des images, avec des couleurs, avec des formes. Je cherche la parole et la langue qui troubleront le spectateur, et non pas l'histoire qui est derrière le travail, derrière l'effort de la recherche d'une langue différente.

La forme de base
Il y a une ossature, un cadre nommé « autobiographie-moi ».
Ce serait comme un journal divisé en chapitres, en paragraphes, en phrases.
En fait, je ne tiens pas un journal mais plusieurs.
Car je constate qu’il me faut faire une séparation entre des événements différents, par crainte du désordre et de la confusion, de l’absence de forme, d’un possible effondrement.
Ma façon d’utiliser la vidéo, l’appareil photographique, le texte,
les polaroids ou encore toutes sortes de cahiers chacun de couleurs différentes, constitue un journal en soi.
Je reviens sur la question de « l’effondrement » : quand on « craque », cela crée parfois une dépression nécessaire pour s’en sortir, pour en finir avec la coupure intenable entre la réalité et la fiction, ces distinctions et ces séparations trompeuses communément admises."


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