" Sculpter la lumière " dit-il…

La photographie de presse est faite pour témoigner, frapper, choquer, prouver quelque chose, nous entrainer sur le chemin d’une conviction irréfutable.
La photographie publicitaire nous séduit, nous amuse, nous force la main, nous trompe aussi parfois, consommateur ébloui par la puissance du flash.
La photographie de famille dépose sur le chemin de notre vie les petits cailloux du souvenir.
La photographie envahit notre vie.
Elle est partout, à chaque coin de notre réflexion, de nos désirs, de notre imaginaire. On la reçoit sans même la voir, elle parcourt nos journaux en rangs serrés, s’étale, géante, sur les murs de nos villes, envahit nos livres, nos albums, forçant même la porte de nos écrans .
Il m’arrive de penser que pour certains d’entre nous l’image photographique s’est substituée au paysage. La carte postale finirait par nous faire renoncer au voyage. On regarde sans voir, fatigués par la stridence des images, indifférents à l’offre qui dépasse désormais notre demande.
Allez comprendre pourquoi sur ce fatras d’images imposées jusqu’à la saturation se détache parfois la silhouette d’un photographe ?
Je veux dire quelqu’un qui nous montre quelque chose.
Bruno de Cuyper est de ceux-là.
On le reconnaît tout de suite.
On voit bien qu’on a à faire à un de ces mystérieux adorateurs de la lumière. Qu’il se promène dans le métro, dans un parc ou sur une plage du Nord, il nous dit la vibration des jours, la découpe des ombres, la fascination des reflets.
Il calme le jeu en posant un regard enchanté sur le monde.
Nourri d’une culture photographique parfaitement intégrée qui charpente ses images et lui fait trouver d’emblée l’axe de construction et l’équilibre de la composition, il ne déclenche pas au petit bonheur la chance, mais laisse le bonheur entrer dans son objectif averti pour nous le restituer comme il l’a reçu lui-même, dans un de ces instants magiques où l’on sait voir.
La photographie devient alors tout autre chose.
Elle nous confirme que vivre est un art et que le monde est beau pour qui sait choisir ses cadrages.
On avance un peu plus avec ce photographe-là sur un chemin où l’on retrouvera tôt ou tard ceux qu’il admire tant et qu’Edward Steichein avait su identifier dès 1955 comme faisant partie de la très noble " Family of man ".
Bruno de Cuyper se veut sculpteur de lumière quand il regarde les hommes promener leurs silhouettes fraternelles dans les lueurs du jour.
Alors, il prend une photo.
Avec une calme assurance et une totale simplicité.
Faisons comme lui, voulez-vous ?
Silence, regardons.


Francine Doisneau
Mars 2002


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