| Dans les années quatre-vingt-dix, il était très tendance de se déclarer citoyen du monde. Internet était alors en plein développement et les fournisseurs d'accès nous certifiaient que la planète était un village. Le discours était crédible, en tout cas enthousiasmant, relayé par la mondialisation d'une économie aux valeurs devenues désormais indiscutables. L'entrée dans le vingt-et-unième siècle a fait apparaître que les désirs du mode occidental n'étaient pas la réalité du reste du monde. Et pour cause nous avons découvert, à nos dépens, que la pensée unique n'était pas la pensée universelle et l'apparente simplicité du monde virtuel était un dogme bien fragile au regard de la complexité d' une humanité composite en recherche d'existence. C'est précisément cette complexité qui me paraît être un des enjeux majeurs pour la photographie aujourd'hui. Concrètement, j'ai le sentiment que certains lieux constituent des centres du monde où il est possible d'approcher visuellement cette complexité. Ces espaces sont un concentré des enjeux planétaires. Ce sont souvent des pays de conflits mais pas seulement. L'émergence d'une puissance économique ou l'affirmation d'une identité culturelle ou religieuse participe également de cette réflexion. C'est dans cet état d'esprit que je suis partie en Israël. L'objectif que je crois avoir en partie atteint était de montrer une géographie territoriale et humaine qui constitue la part invisible et pourtant essentielle pour la compréhension de notre futur. En effet, la lecture des évènements politiques au travers de cette insoutenable violence nous est donnée par les télévisions. La photographie permet d'envisager le reste : le banal, le quotidien mais aussi le compliqué parce que la vie n'est pas simple. Le réel israélien n'est pas une suite de 0 et de 1, un langage binaire compréhensible par une machine informatique. Ma prise de position photographique est d'affirmer qu'entre le 0 et le 1 il y a une infinité de combinaisons possibles. Je travaille dans ce sens, sans a priori et avec comme objectif de proposer une suite d'images qui permettra à celui qui les regarde de s'approprier un autre imaginaire plus proche de sa propre réalité. Ce fut également le sens de mon travail au Vietnam qui fut à un moment donné de l'histoire le centre du monde et qui est en attente de son devenir. Ecrire à patrizia di fiore Visite du site du photographe |