Série N°1

La série d’images présentée est le résultat, provisoire, d’un travail né de la rencontre du procédé Polaroid SX 70, de la technologie numérique et d’une recherche esthétique formelle personnelle.

Cet ensemble est né du désir de confronter deux techniques ayant avec le réel des rapports antagonistes. Le Polaroid, par son système positif direct, est le procédé photographique dont l’image est la moins éloignée de son référent. Une image Polaroid est, par nature, la trace la plus proche et la plus parfaite du " Ca a été " si cher à Barthes, ce qui lui confère son aura si particulière. La technologie numérique par contre est celle qui entretient, ou en tout cas semble entretenir, avec le réel le lien le plus ténu. A tel point que beaucoup d’épreuves obtenues grâce aux trucages éliminent la notion même de référent, révolutionnant ainsi notre rapport à l’image photographique, en exhibant sa nature intrinsèquement mensongère.
D’un point de vue technique, l’apport du numérique est uniquement de permettre un agrandissement de l’image Polaroid, mais strictement sans aucun trucage. Cet artifice permet tout à la fois de " cacher" la nature " Polaroidesque " des images, et donc de s’éloigner de la notion de réalité, et d’induire un trouble chez le spectateur en raison de l’aspect inhabituel des images ainsi obtenues.

Le choix de ne pas donner de titre à ces images n’est absolument pas fortuit mais procéde aussi d’une réflexion. Il n’est plus besoin de démontrer qu’une œuvre est la combinaison d’un objet et de son spectateur. Et que c’est le spectateur qui lui donne vie en la regardant. Une œuvre est donc unique et individuelle pour chaque spectateur. Chaque monstration d’une œuvre est donc un abandon de celle-ci par son créateur au profit du public, des publics. Partant de ce constat, ne pouvant lutter contre ce fait, je capitule. Et pour que l’abandon soit total, pour ne pas essayer d’influencer le spectateur afin qu’il aille dans mon sens de lecture, je me contente de nommer chaque image " Sans titre ", et de n’indiquer que l’année de réalisation.

Mais les deux points exposés ci dessus ne constituent que a superstructure de mon travail. Les fondations sont d’une nature plus formelle et peuvent être résumées dans les quatre points suivants:
o il ne faut pas se limiter à décrire l’apparence de la réalité mais s’efforcer d’en écrire les signes.
o chaque photo est une image instantanée, et cependant l’instant ne doit servir qu’à induire une intuition de la permanence.
o chaque image est elliptique, mais le fragment détaché doit renvoyer à la totalité dont il est issu.
o le photographe se doit d’être attaché à la réalité sensible et concrète, mais son œuvre est de transcrire celle-ci dans une écriture abstraite.

Ce sont ces quatre exigences qui président à toute et chacune de mes prises de vue, transformant l’acte de photographier en exercice spirituel et en rélexion sur le réel.

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