PAYSAGES TGV

La gare est loin. J'ai quitté l'urbain depuis déjà un certain temps.
Plus que dans tout autre train j'éprouve dans le TGV une sensation de déconnexion de l'espace traversé qui ne semble plus être qu'une trouée, un long tunnel de verdure interrompue de saillies urbaines, un glissement dans un espace quasi virtuel expressément conçu et organisé pour le plaisir du voyageur /spectateur. L'espace traversé se rabat autour d'une interminable ligne droite, perd de sa netteté pour devenir pures images chargées de mémoire, de souvenirs picturaux, de chocs émotionnels : des paysages. Des paysages dont la captation est énergie pure. Pourtant ces plaisirs esquissés sont frustrés. La vue, l'expérience de ces paysages, happés par le souffle du déplacement à très grande vitesse laissent, outre, un sentiment de joie, de bonheur, de rêverie et de bien-être, un sentiment d'insatisfaction, de confusion. On voudrait y être. Se perdre en leur sein. Mais c'est impossible, et nous le savons. Si nous étions là, assis au milieu de ce champ, la magie fonctionnerait-elle ? Le charme ne réside-t-il pas, justement, dans cette impossibilité?

Ce travail par sa présence émotionnelle et physique (les plus grands formats devront avoir 1 mètre à 1,2 mètres de long) cherche, non seulement, à donner à voir, mais aussi à plonger ou replonger le spectateur dans ces moments ou il tente à la fois de capter et est capter lui-même, dans ces moments où il y a «convergence à demi-confuse de plusieurs sensations».
Il s'agit, en fait, de tenter de lui faire vivre «ces instants de pure émotion».

Georges Gonon-Guillermas

Les citations sont tirées de : "Paysage avec figure absente" de Philippe Jaccottet.

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