| L'oeil du Myope Nous vivons tous dans une même réalité, mais voyons-nous tous les mêmes choses ? La perception unique que nous possédons, parfois déformée par les sentiments ou les déficiences physiques, pose la question des différentes visions que nous avons dun monde commun. La déformation de la réalité mintéresse, serait-ce par la force de limagination, la déficience physique ou lhallucination. Je porte beaucoup dintérêt à la concurrence de limage au réel. Retenons maintenant que je ne souhaite pas prendre position quant à limportance dominatrice de lun sur lautre. Je situe mon travail à la frontière, si fragile soit-elle, des deux. La photographie sert parfaitement ce rapport complexe. Je propose des images représentant des sentiments ou des visions évanouis. Je ma place dans une situation de réminiscences. Je photographie des spectres, des corps humains ayant existé le temps dun souvenir. Je souhaiterais les illuminer, éclairer leurs chairs pour les rendre presque évanescents. Et ainsi remettre en question lauthenticité de leur présence. Jinvite le spectateur à découvrir des visions approximatives du monde extérieur. Toutes interventions sur la réalité des objets, toute ambition de voir le monde qui nous entoure différemment, est, à mon sens, louable et respectable. Mes choix se portent sur lartifice en particulier , les choix des lumières, des projections, des tirages photographiques. Je conçois la photographie comme un miroir, aussi menteur que la surface qui nous renvoie notre image. Limage nest quun double. " Le miroir est trompeur et constitue une fausse évidence, cest à dire lillusion dune voyance."1 et tel est bien mon propos : mettre en évidence le caractère fugitif de la photographie et de notre appréhension du réel en général. 1 Clément Rosset, Le réel et son double, Gallimard, Paris, 1976. |