| Les constantes irrégulières Ce projet est constitué de mises en scène photographique. Si le medium utilisé est la photographie, ce projet est empreint des influences de la danse, du cinéma et du théâtre. Ma démarche est similaire à celle d’un metteur en scène et comprend plusieurs étapes allant de l’écriture des scènes aux repérages, en passant par un travail sur la scénographie avant d’organiser la séance photographique. Ces repérages et ce travail scénographique constituent une phase déterminante car le lieu n’est pas ici un simple décor, une toile de fond qui se contenterait de caractériser les personnages en évoquant, par exemple, un milieu social. Le lieu à un rôle indépendant. Il est généralement naturel et différent pour chaque photographie. Ce lieu doit menacer les personnages. Il doit, à chaque seconde, manquer de les happer, s’ouvrir et se refermer sur eux, proposer une échappatoire rêvé tout en représentant un cauchemar tétanisant. Ce lieu doit être la source qui génère ambiance et tensions, au niveau pratique comme au niveau fictionnel : il est le point de départ des modèles comme des personnages. C’est après ce travail préparatoire que peuvent arriver, justement, les modèles, qu’il serait plus juste de nommer acteurs : ils sont partie intégrante du processus de mise en scène. Ce sont avant tout des complices de jeu plus que de simples exécutants qui prendraient la pose. Ils sont certes dirigés, improvisent de temps à autre et acceptent de se laisser piéger. C’est dans ce cadre que je peux obtenir d’eux ce que je cherche, à savoir la représentation de personnages en marge de la civilisation, de personnes abasourdis, comme désorientés, à qui il ne restent que la volonté d’agir. Car c’est plus cette envie d’action qui compte, c’est elle qui est au centre de la photographie, du processus comme de la démarche. Seul le mouvement, l’acte est important. Par le biais de petits rituels, ou de jeux enfantins, apparaît une réelle envie de vivre, ou, en tout cas, de survivre. Les modèles s’effacent pour devenir de véritables champs de force qui cherchent à exister et à cohabiter dans et avec un environnement qui ne cesse de (se) jouer avec (d’)eux. Alors, pendant qu’il se débatte, un basculement s’opère, et le déséquilibre génère un équilibre nouveau. L’enjeu de cette série photographique est bien sûr cet équilibre nouveau si dur à atteindre entre deux êtres. On pourra voir dans ces mises en scène une réflexion sur la relation amoureuse - si propice à la recherche d’équilibre entre un homme et une femme. Mais il m’a paru plus judicieux de brouiller les pistes, laissant planer l’ambiguïté quant au rapport liant les différents protagonistes. Tour à tour, chacun endosse un rôle et devient aussi bien l’ami, le complice, l’amant que le voyeur, l’autre, l’ennemi… Car le sujet de ses photos est, encore plus que le couple, l’errance et les tribulations de ces personnages. Sur cette notion d’errance que les personnages bâtissent, il règne un état de flottement et d’incertitude où tout parait instable. Il m’a paru intéressant de faire de chacune de ces scènes, des bulles hors temps et isolées d’une civilisation en ordre de marche, me permettant alors de me focaliser sur les comportements et les attitudes d’une génération de transition. La question n’est pas d’analyser les rouages d’un phénomène, mais bien de montrer l’obstination, la résistance de ces personnages. J’ai alors accordé beaucoup d’importance à l’élan et la justesse qu’imposent leurs corps maladroits et fébriles. Ces images sont, avant toute chose, des représentations du geste qui lutte contre ce qui l’entoure. Les personnages se trouvent ainsi propulsés dans une quête, dans une fuite en avant, libératrice et nerveuse à la fois, où fiction et réalité se côtoient dangereusement. Bibliographie Parcours : Né en 1985 à Evreux. Romain Leblanc vit et travaille à Paris. Après des études de cinéma et l’obtention d’une licence en arts plastiques, il intègre le collectif « Kill Oh What ! » regroupant une quinzaine de créateurs dans les ateliers de l’imprimerie 168, situé dans le nord de Paris. Si ses influences principales sont le cinéma, il s’amuse, après plusieurs expositions collectives et une première exposition personnelle à Paris, à mélanger les médiums photographique et vidéo pour mettre en scène la notion de relation amoureuse et du désir amoureux ; le rapport de couple ainsi que l’idée de malaise qui parfois peut s’y associer… Il collabore par ailleurs avec Frédéric-Pierre Saget pour la réalisation de films expérimentaux et de clips musicaux et gère l’association « les hommes poissons » crée en 2004 dans le but d’aider à la production et à la diffusion d’oeuvres artistique de jeunes créateurs. Expositions : -Exposition collective. « Parcours d’artistes » Direction des affaires culturelles. Pontault-Combault. Novembre 2007 - Exposition collective. Galerie Quarantaine. Bruxelles. Mars 2007. - Exposition collective. Maison des arts de Conches. Février 2007. - Exposition personnelle. Viens. Juillet 2006. - Exposition collective. Galerie Confluences. Paris. Juin 2006. - Exposition collective. Galerie Matahari. Evreux. Mai 2006. - Exposition collective. L’imprimerie 168. Paris. Décembre 2006. - Carte blanche pour intervention plastique liée au projet « Zonerotikon ». 2006. Le réservoir. Paris. - Exposition personnelle « les constantes irrégulières » L’imprimerie 168. Paris. Octobre 2005. - Exposition collective. Université Paris 8. Mai 2005. - Exposition collective. Bernay. Février 2004. - Exposition personnelle. Galerie Matahari. Evreux. Octobre 2003. Ecrire au photographe |