Portrait(s) d’un carnet de voyage : histoire d’un regard…


Ces photographies ont été prises entre novembre 2006 et janvier 2007 au cours d’un voyage en Inde, plus précisément dans ses états méridionaux. ( Goa, le Karnataka , le Tamil nadu et le Kerala ).

Tout d’abord, découvrir à petits pas, les plages chaudes et dorées de Goa, réputées pour leurs attraits paradisiaques. Elles sont jolies, ho oui c’est vrai ( !), mais le tourisme abondant, aujourd’hui première industrie de l’état n’est pas qu’à leur avantage. Cela permet, entre autre, une couverture mielleuse aux protagonistes de trafics d’armes, de drogues, et de prostitution.
La Mafia Russe s’est décidée à installer sont QG au bord des vagues, des transats et des odeurs nauséabondes de crèmes auto bronzantes ! L’une des preuves s’appelle Morjin Beach qui est nommée localement : la « mini-russie » ! *–1
Ensuite la région du Karnataka, au Nord-est de Goa, à ouvert les portes de son village sacré d‘Hampi. Il se trouve à l’intérieur de la ville de Vijayanâgara. Il a comme parures de nombreux temples, une des ressources économiques(pèlerinage dans les lieux saints) avec l’agriculture et le tourisme, et de gros rochers qui à première vue semblent être fait de papier mâché.
Il y est interdit de manger de la viande et d’y boire de l’alcool. Ce dernier fait ne s’avère pas si contraignant tenant compte des nombreuses coupures d’électricité. Il est toujours plus facile de trouver son chemin à jeun dans la pénombre ! Parfois il n’y a pas de lumière et pas d’eau, non plus, parfois. C’est dans ces moments que ces gestes si simples, si rapides dont nous n’avons que trop peu conscience s’affirment.
Ouvrir un robinet et pouvoir y boire de l’eau potable, -le frigidaire-, taper sur un clavier et puis le CLIC! d’un interrupteur qui au CLAC se ferme.
Si être privilégié n’est pas offert et ne profite pas à tous, ces quelques regards sont gratuits, juste un stop, un échange. Ce Clic-Clac m’a semblé toujours prés de moi pendant ces semaines en inde. Quelque chose de bref qui par la suite s’installe en profondeur et dont l’éclectisme n’est que toujours plus surprenant ; un patchwork…

-cela se passe plus loin qu’un premier regard…-

Toujours dans l’état du Karnataka un arrêt à Mysore.
Le regard laissé est celui de deux hijras, plus couramment nommés travestis. En inde ils forment une caste particulière depuis la nuit des temps mais souffrent aujourd’hui d’une marginalisation croissante. Les hijras sont sollicités par les Indiens pour porter bonheur lors d’étapes importantes de la vie (mariages, naissances…. )
Ils sont pourtant rejetés de la société et luttent pour leur insertion. *-2

Après l’on sort de la ville pour prêcher mère nature à Kushalnagar l’une des « résidence » de replie des tibétains en exils.
Le Tibet est sous occupation chinoise depuis 1951.Depuis les Chinois n’ont pas cessés de creuser pour s’ancrer et détruire peu à peu les richesses tibétaines. Ce que la « colonisation » chinoise à de plus vicieux, parmi d’autres faits atroces, c’est, à mes yeux, cette capacité d’insertion « en cachette."»
Ceci s’exprime très bien dans cet extrait de l’essai de Robbie Barnett paru dans le livre Les Tibétains, en lutte pour leur survie ( illustré par les photographies de Steeve Lehman ) : « Après avoir donné une forme légale à leur souveraineté, les Chinois ont fait extrêmement attention à laisser en apparence le gouvernement traditionnel en place, avec le Dalaï Lama à sa tête. De fait le Dalaï Lama et ses ministres étaient dépourvus de tout pouvoir. »
De nombreuses précautions des chinois ont laissées croire à première vue que les Tibétains avaient gardé le pouvoir. « […] à Delhi, par exemple, Nehru a réellement cru que les Chinois avaient réussi une transition pacifique, en 1956. Il a d’ailleurs persuadé le Dalaï Lama, qui cherchait alors à s’exiler en Inde, de poursuivre son alliance avec Pékin. » (p184).
Nehru, après l’indépendance de l’inde en 1947, avec sa politique des années 50 voulait se concentrer sur la décolonisation des pays asiatiques encore occupés. Pour lui cette paix sur le continent asiatique ne pouvait passer que par une amitié entre la Chine et l ‘Inde. Cette nouvelle amitié mise en place Nehru mettra de côté la question de Pondichéry.

Le Tamil Nadu : Pondichéry alors sous occupation française lors de la libération de l’inde ne sera libéré que 8 ans plus tard.
Il y a aujourd’hui dans cet ancien territoire de l’hexagone toute une partie de la ville qui y est « consacrée ». Il y a des noms de rue de personnalités tel « Alexandre Dumas », une alliance française, un centre culturel français et des établissements scolaires ou les enfants indiens ont leurs cours en français.
Mais l’on peut aussi y trouver une école qui perpétue l’enseignement d’une danse originaire du sud de l’Inde le Bharata Natyam. L’origine du mot bharata natyam provient de bharata le nom indien de l’inde et de natyam le mot tamoul (langue de la région du tamil nadu) de danse. *-3

Après c’est au son des burins, qui sculptent le marbre, et des vagues, bien heureusement plus calmes qu’il fut un temps, ou flottent à l’aube les bateaux de pêcheurs que le voyage se poursuit.
C’est à Mamallapuram que les rues s’agitent de vendeurs aux objets magnifiquement taillés. La mer est douce aujourd’hui et le remous n’est du qu’aux enfants agités qui se partagent à tour de rôle la balançoire de la plage.


Et enfin la région du kerala.

Assise sur une marche tu scrutes leur agilité. Tu observes les singes défiler et s’en aller au loin. Tu contemples leur corps, leur face ; tu épies et soudain tu la vois. L’un des singe te dévore le regard de ne plus avoir que pour visage, quelques miettes, bouts de chaire non cicatrisée, les restes d’un festin. Celui d’un prédateur qui comblé aurait laissé quelques denrées.
Tu avances à tâtons entre les murs de l’inconnu. C’est l’Inde, dans cette face, que tu as –vu(e)-qui jaillit de toi, celle qui t’occupe. L’odeur, le son et la couleur alors réunis dans cette ultime note : le visage absent ou l’autre visage.

NB :
-1 : Courrier International n°849
-2 : Hijras Inde 2005 , photographies de Denis Bourger
-3 : La politique française de Nehru, la fin des comptoirs français en Inde, collection des pavillons, Auroville.


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