CERNICA OU LES PRESQUE VIVANTS

Le monastère de Cernica, sur les bords du lac du même nom est un haut centre religieux orthodoxe. Situé à 17 kms au sud-est de Bucarest sur la commune d’Ilfov, il fut érigé par le gouverneur Cernica Stirbei en 1608 sur le site d’un ancien ermitage.
La figure la plus emblématique des lieux est certainement Saint Calinic de Cernica. Nommé Père Supérieur du monastère dans la première moitié du XIX° siècle, il fit bâtir la forteresse et l’Eglise Saint George, l’Abbaye et nombre de maisons de l’île qui porte son nom. Saint Calinic fut sanctifié en 1955 alors que Nicolas Ceaucescu faisait redoubler la persécution contre le christianisme.

C'est donc dans ce cadre de charité chrétienne, que viennent mendier de nombreuses personnes dans la misère. Ce n'est pas le miracle qu'elles attendent de Cernica. On y rencontre essentiellement des personnes mutilées : accidents, mutilation volontaire, les causes en sont diverses.
Dans ce haut lieu de pèlerinage, il y a un rassemblement incroyable, une espèce de cours des miracles, au coeur de l'Europe et de cette Roumanie ni tout à fait moderne ni tout à fait archaïque. Les Mercedes se bousculent au portillons, voitures derniers cris, voitures de sport, 4x4, dont les conducteurs n’accordent même pas un regard aux miséreux. Le contraste est choquant.

En effet le cimetière de Cernica abrite des personnalités locales ; c'est le Père Lachaise à la roumaine. Le lieu Saint mais aussi la beauté du cadre, du lac entourant la presqu'île, tout cela contribue au charme. On vient voir ses
morts et on en profite pour organiser un petit pique-nique au bord du lac.
Les Vivants se mêlent aux défunts, on oublie pour quelques instants le bruit et la poussière bucarestoise tout en priant pour que les affaires marchent.
En ce moment la bénédiction de voitures et de motos a la côte... Un nombre impressionnant de personnes viennent payer pour faire bénir leur véhicule.

Dumitru lui n'a pas eu la chance de tomber sur une voiture bénie. Au contraire c'est la malédiction qui lui est tombé dessus par l’intermédiaire d'un chauffard. Dumitru était pécheur, sa vie a basculé le jour où une voiture est venu le frapper sur le banc où il étais assis, lui fracassant les deux jambes pour le reste de sa vie.
Depuis il ne peut plus exercer son métier, ici pas de pension d'invalidité permettant de vivre. Alors son seul recours c’est la mendicité pour pouvoir survivre et payer son petit loyer au foyer du Samu Social. Il vit avec sa femme, qui a perdu son fils de 22 ans faute de moyens et de soins appropriés. Comble de l'ironie, Dumitru porte un blouson au nom de Becali, chef de l'extrême droite locale qui se fait de la publicité en distribuant des vêtements chauds à son effigie. Dumitru lui s’en fiche de la politique, tout ce qu’il demande c’est d’avoir une vie correcte.

Il nous demande de les prendre en photo: "Nous ne sommes pas des chiens, pourtant les gens s'apitoient plus sur les chiens des rues que sur notre destin, nous ne demandons rien qu’un peu de dignité."

La journée se passe ainsi de 9h à 15h heure où tout ce petit monde reprend le bus en direction du foyer qui n’ouvre que vers 20h, tout le monde attend sur un banc ou dans le parc avoisinant. Dumitru, mais
aussi Florin, Ion ou George ont tous une histoire, ils ont tous donné leur vie, travaillé et ce sont retrouvé à vivre de l’aumône par les aléas d’une société qui en oublie ses plus nécessiteux.


Ecrire au photographe
Visite du site.