| Architecture L’architecture raconte l'histoire, celle de l'expansion sociale, du développement matériel, d'une mutation volontaire de la part de l'homme. La photographie permet de traduire cette histoire dans un langage actuel, le langage des images. Mon intérêt pour la géométrie et l'espace ainsi que ma passion pour les œuvres architecturales ont inévitablement influencé mon approche basée sur une analogie entre la ville et le musée. Tous les mouvements architecturaux ont dû apprendre à cohabiter dans l’espace de la ville, voire à s’enchevêtrer. L’œil du visiteur passe ainsi du classicisme au post-modernisme, dans le périmètre de la cité il porte tour à tour son regard sur l’art nouveau, l’expressionnisme, le futurisme, le Bahaus, le rationalisme, le déconstructivisme ou les nouvelles tendances. Au lieu d’espace fermé et à l’image du célèbre mot d’ordre de Le Corbusier : « de la lumière, de l’air et du soleil », la ville en tant que musée préconise des limites variables tant d'un point de vue géographique qu'interprétatif. La photographie rend déjà hommage à l'architecture au travers de nombreux livres mais elle s'intéresse le plus souvent au bâtiment dans son ensemble. Ainsi, elle admet davantage une valeur documentaire que plastique. D’abord influencé par de nombreux photographes d’architecture dont je citerais Gabriele Basilico ou encore Bernd et Hilla Becher, mon regard s’intéresse aujourd’hui à l’étude des formes architecturales par fragments. Ainsi, mon approche photographique a cherché à s'émanciper du rôle "d'humble servante de l'art" que Charles Baudelaire lui a d'abord accordé ainsi que de la dimension documentaire propre au recensement photographique. Photographier ces créations structurales en les morcelant, en les fragmentant nous amène à réfléchir sur la perte d'identité de l'œuvre lorsqu'elle devient montrable ou "exposable". Le cadre photographique s'oppose donc à l'espace ouvert de la ville et dénonce le danger d'interprétation des œuvres capables d'être exposées au sein d'un musée. La photographie permet ce paradoxe, non sans danger, de posséder l'architecture en la donnant à voir sous une nouvelle forme propre à mon interprétation, spécifique à mon regard. Mes choix formels expriment la fonction même d'une œuvre d'art, qu'elle soit picturale ou architecturale, soit laisser à celui qui la contemple une libre interprétation. En effaçant tous les points de repère, certaines de mes photographies acquièrent une parfaite autonomie d'interprétation en s'inscrivant dans une autre relation à l'espace et au temps. Dès la prise de vue, j'ai donc cherché à séparer un élément architectural en vue de le considérer plus attentivement. Le point de vue se devait de renforcer le caractère abstrait de ces photographies. Pour d'autres, j'ai volontairement laissé quelques repères afin de pouvoir joué avec l'interprétation de celui qui regarde ces photographies en déformant la forme de l'architecture et en altérant sa disposition dans l'espace, son ordonnance ainsi que sa proportion. Enfin, ma dernière approche s'est plus intéressée à l'ambiance que l'on confère mentalement à une œuvre architecturale lorsqu'on la découvre pour la première fois. Très influencé par les films expressionnistes allemand, j'ai voulu traduire l'atmosphère pesante de cette église par des noirs denses et des blancs éclatants. L'aspect des grattes ciel issues de l'architecture vernaculaire des nouveaux pays riches nous a paru artificiel, c'est donc par le mouvement et la saturation des couleurs que j'ai décidé de les donner à voir. Ecrire au photographe |