FLEUR DE PEAU

En photographie, la fleur et le nu ont été à maintes reprises représentés, loués et même vénérés. En noir et blanc, en couleurs, au début de la photographie, actuellement aussi en détournant le sujet de la réalité. Tradition. Etudes. Je me situe dans cette lignée. Je pars de la vision plutôt classique du sujet puis je m’en éloigne en suivant une ligne plus intime, subjective.
Ces nus sont comme des autoportraits car j’y dépose mes sentiments. Humblement je m’expose. Pudiquement je détourne la forme. Dans ma peau de femme. Fragile comme la fleur. Féconde aussi. Ephémère. Secrète. Femme en mutation, unique, qui tout en préservant sa grâce florale, voit sa forme et sa peau s’altérer.
Le temps. La nature. L’évolution. Epreuve. Défi. « Fleur de peau ».

Grâce aux outils informatiques, dédiés au traitement de l’image, ne me souciant plus de la forme d’origine, du style réel, j’ai pu extérioriser, remonter à la surface, les caractères fondamentaux de la féminité, complexe, paradoxale : désir, force, pudeur, peur, jalousie, dépendance, dévouement, liberté, dignité, devoir, combativité, volupté, plaisir, frustration, épanouissement, grâce, délicatesse, tristesse, effacement, érotisme, narcissisme, nostalgie, gravité…
Toutes ces valeurs, ces sentiments, composants que l’on retrouve parfois dans la nature, sont ici mis en lumière vive, extrême.
Le procédé technique employé, aléatoire, est toujours le même. Il correspond exactement au mécanisme conceptuel de la féminité, que j’ai voulu mettre en images. L’application d’un filtre particulier permet en variant sa couleur, de minimiser, atténuer les traits trop éloquents des courbes féminines, de les cacher sous un masque flouté et monochrome, et d’éloigner le décor en le rendant abstrait, tel une peau qui mue. Tout bouge autour de nous, seules nous essayons de rester, au fond, intactes. Les détails sont absorbés. La couleur acérée. L’image inversée.
J’utilise ensuite de manière systématique, une autre fonction de l’image afin de révéler l’essentiel. En effet, une partie du sujet est occultée, son rendu comme atrophié. La lisibilité s’en trouve affectée quand l’autre partie préservée en positif, reste visible et compréhensible.

Emanation. Exhalation. Eclat. Clair. Obscur.
Le lien avec la fleur me paraît soudain, évident. D’un côté l’élan vers l’autre, vers celui qui honorera, valorisera ou éprouvera, de l’autre le besoin de se plier aux règles intrinsèques de la nature même. S’émanciper tout en obéissant aux lois strictes, incontournables.
Décomposition de la lumière. Décomposition du corps.
« Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté. »

Détournement de l’image. Aller voir derrière, sous la peau. L’invisible incompatible avec l’apparence.
Aujourd’hui et puis demain.
Sous le regard de celui qui nous convoite. Distiller la surface. Récolter l’essence. Se l’approprier. S’en recouvrir. S’exposer à l’autre qui sentira, je l’espère, l’aura magnifique, mise en valeur, comme ces teintures employées en biochimie pour montrer une trace, interpréter par des couleurs artificielles, la présence d’un élément infinitésimal.

Ce à quoi nous faisons appel pour toujours inspirer le désir et l’amour, tout en étant en accord avec nous-même.
La photographie ici, m’a permis à travers la fleur et le nu, aux traits et aux nuances exacerbés, de mettre en scène ces quelques préoccupations qui demeurent en moi, sources de doute, sources d’interrogation, sources d’énergie.


Ecrire au photographe.